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Comment construire une vision commune du pilotage de la performance quand une organisation réunit une direction de la sûreté ferroviaire, un centre de services partagés RH et santé, une direction de l'immobilier et un plan d'investissement de 100 milliards d'euros par an ? C'est la question à laquelle Lionel Maillet, responsable de la plateforme EPM groupe à la SNCF, et Harry Yochum, associé chez Deloitte, ont répondu lors de Pigment Catalyst Paris.
Une galaxie aux réalités incompatibles
La SNCF que représente Lionel Maillet n'est pas l'entreprise unique qu'on imagine. Depuis la loi de juin 2018, entrée en vigueur en janvier 2020, le groupe sépare les gestionnaires d'infrastructures (fixes et stables) des activités mobiles comme SNCF Voyageurs. Au-dessus, la holding, périmètre dont Lionel Maillet a la charge, rassemble environ 10 000 collaborateurs aux métiers radicalement différents : juridique, finance et trésorerie, immobilier (la SNCF est l'un des plus grands propriétaires fonciers de France), DSI, sûreté ferroviaire, et un centre de services partagés mêlant RH, finance et activité médicale.
Impossible, selon Lionel Maillet, de modéliser une telle diversité dans une application unique : "Il n'est pas possible de penser toute la SNCF en une seule application, c'est trop compliqué."
Un socle commun, des espaces de liberté locaux
La réponse de la SNCF repose sur un principe clair : un ERP commun comme structure transactionnelle partagée, puis des applications Pigment déployées localement par activité, chez SNCF Réseau comme chez Keolis, qui fut la première initiative du groupe. Chaque métier adapte sa représentation business à sa réalité : SNCF Réseau pilote un plan d'investissement à dix ans, quand d'autres entités ont des cycles bien plus courts.
Harry Yochum, de Deloitte, résume la tension à arbitrer : "Si on se standardise trop, c'est assez séduisant sur le papier, mais au final on est clairement éloigné des décisions opérationnelles. [...] Trop décentraliser, c'est au final fragmenter les données, les règles et les responsabilités." Le travail consiste donc à identifier, au sein de chaque groupe, les invariants qui doivent rester communs, et les marges de manœuvre à laisser aux métiers pour piloter leurs véritables leviers de création de valeur.
Lionel Maillet insiste sur la dimension humaine de cet alignement : "Chacun démarre son activité de son côté, mais il sait que la vision commune qu'on aura à partager un jour, d'une façon ou d'une autre, c'est celle-là." Un commun parfois lointain, mais toujours visé.
De la comptabilité générale à l'EPM : une trajectoire de confiance
Avant Pigment, le pilotage de la SNCF reposait sur une comptabilité générale jugée trop lourde pour véhiculer les analyses attendues par les métiers. La direction financière a donné une consigne claire : sortir les analytiques de la comptabilité générale et s'appuyer sur de véritables outils EPM.
La bascule vers Pigment s'est construite via de vrais POC. Cette démonstration du possible a ouvert la voie à la sortie progressive des données analytiques de la comptabilité générale vers l'EPM, condition pour gagner en agilité.
La conduite du changement, pas la formation
Pour Harry Yochum, la réussite de ce type de transformation tient moins à la technologie qu'à la méthode : "La gestion du changement, ce n'est pas que de la formation à la fin, une fois qu'on a construit la solution, c'est vraiment cette co-construction globale." Chaque cas d'usage doit répondre à un problème métier identifié, et chaque brique construite doit pouvoir être réutilisée pour les cas d'usage suivants, une logique de capitalisation que la SNCF applique déjà d'un projet à l'autre.
Le conseil final de Harry Yochum résume l'approche à adopter face à un chantier de cette ampleur : "Voyez grand et loin. Ensuite, commencez juste par des briques. Prouvez très rapidement, donnez confiance et puis, du coup, après, accélérez."
Les déploiements continuent
Pour Lionel Maillet, le chantier est loin d'être achevé : "Je pense que les déploiements de Pigment à la SNCF ne sont pas terminés. Il y aura d'autres cas d'usage que ceux qui ont été évoqués." La méthode, elle, reste la même : embarquer, partager une ligne commune, et définir les espaces de liberté de chacun.


